Les ruelles de pierre d’une cité swahilie hors du temps
Une ville qui se mérite
Dans la médina de Moroni, les rues ne sont pas faites pour les voitures. Elles sont faites pour la marche lente, pour la conversation, pour la lumière filtrée entre des façades de pierre qui ont traversé plusieurs siècles. Le visiteur pressé, habitué aux capitales africaines où tout va vite, devra ici ralentir. La médina ne se livre qu’à ceux qui lui consacrent du temps.
Moroni est l’une des dernières grandes cités swahilies de l’océan Indien à avoir préservé un centre historique intact. Là où d’autres, notamment Zanzibar, Lamu, Mombasa, ont subi les assauts du tourisme de masse ou de la spéculation immobilière, le centre de Moroni a conservé une texture urbaine que les urbanistes appellent, avec une pointe d’admiration, l’authenticité.
La pierre de corail et ses maîtres
L’architecture traditionnelle de la médina de Moroni est une architecture de pierre de corail. Ce matériau local, extrait du récif proche, est à la fois léger, isolant et façonnable. Les murs épais gardent la fraîcheur même en plein midi.
Les porches ombragés, tumbwi en shikomori, créent des espaces de transition entre l’intérieur privé et la rue publique. Les portes sculptées sont la gloire de cette architecture. Chaque grande maison de la médina arbore une porte en bois massif, souvent en tek, décorée de motifs géométriques islamiques et floraux d’une finesse remarquable.
La menace douce du temps
La médina de Moroni vieillit. Les maisons les plus anciennes ont besoin de restauration, et les ressources manquent. La jeune génération qui part s’installer dans des quartiers nouveaux laisse parfois derrière elle des maisons abandonnées qui se dégradent lentement.
La médina de Moroni est une richesse qui appartient autant à l’humanité qu’aux Comoriens. La laisser disparaître serait une perte irréparable, pas seulement pour un archipel de l’océan Indien, mais pour la mémoire de ce qu’a été la civilisation swahilie dans toute sa splendeur.


