Comment le football comorien a conquis le continent africain
Le miracle des Coelacanthes
Il y a dix ans, peu de monde en Afrique savait que les Comores avaient une équipe nationale de football. Aujourd’hui, les Coelacanthes, surnom emprunté à ce poisson préhistorique rarissime que l’on trouve dans les eaux comoriennes, ont une histoire qui fait la fierté de tout un archipel. Leur qualification pour la Coupe d’Afrique des Nations 2021, disputée en janvier 2022 au Cameroun, reste l’un des moments les plus forts de l’histoire sportive comorienne.
Ce que peu de supporteurs africains savent, c’est que l’équipe nationale des Comores est en réalité une équipe de la diaspora autant que de l’archipel. La majorité des joueurs sont nés en France, en Allemagne, dans les pays du Golfe, de parents comoriens émigrés. Ils ont découvert le shikomori en même temps qu’ils découvraient le maillot blanc des Coelacanthes.
Une fédération qui a fait le pari de la diaspora
Le mérite de la montée en puissance des Coelacanthes revient en grande partie à la Fédération Comorienne de Football, qui a très tôt compris que le vivier de talents se trouvait dans les clubs de banlieue française et dans les catégories de jeunes des championnats européens. Des joueurs formés à Marseille, Lyon, Paris et dans les académies du nord de l’Europe ont été approchés, convaincus, séduits par l’idée de porter le maillot d’un pays que beaucoup ne connaissaient qu’à travers les récits de leurs parents.
Ce pari, audacieux et parfois critiqué, a produit des résultats remarquables. Il a aussi créé un lien émotionnel inédit entre la diaspora et les Comores : des jeunes Français d’origine comorienne qui, en mettant le maillot des Coelacanthes, ont redécouvert un pays, une culture, une appartenance.
La prochaine étape
La qualification pour la CAN a prouvé que les Comores pouvaient exister au plus haut niveau africain. La prochaine étape, se maintenir, progresser, former une génération locale capable de prendre le relais de la diaspora, est plus difficile. Elle passe par le développement des infrastructures de formation sur l’archipel, par l’investissement dans les académies de jeunes, par la valorisation du championnat national encore trop peu structuré.
Les Coelacanthes ont mis les Comores sur la carte du football africain. C’est déjà considérable. Ce qui vient après dépend de choix que l’archipel doit faire maintenant.


